Aranya - 2018

Avec ses 2 millions d'habitants, la ville d'Indore, située au centre de l'Inde, ressemble à bien d'autres villes indiennes de taille moyenne, où le développement économique transforme rapidement le tissu urbain.

Situé au nord d’Indore, Aranya est un quartier atypique pris au piège de l’urbanisation. Conçu par l’architecte indien Balkrishna Doshi dans les années 1980, le projet d’Aranya était une expérience de logement social où des familles à faibles revenus construisaient elles-mêmes leurs maisons sur des parcelles attribuées, en suivant le plan directeur complexe de Doshi. Près de trente ans plus tard, je me suis rendu à Indore en mars 2018 pour documenter l’héritage de ce plan et son appropriation par les habitants. Alors que je cherchais des emplacements pour photographier les vues urbaines d’Aranya, j’ai été attiré par des scènes insolites qui semblaient raconter une histoire différente de celle pour laquelle j’étais venu.

Dans un quartier doté d’espaces communs et d’une qualité de vie étonnantes, une certaine rudesse subsistait entre les murs érigés tant autour qu’à l’intérieur d’Aranya. Alors que les multiples facettes de la réalité se dévoilaient progressivement sous mes yeux, j’ai découvert qu’Aranya, loin d’être préservé de la logique d’urbanisation dictée par le marché, présentait des nuances de ce sentiment de vulnérabilité si courant dans les villes indiennes.

En constante évolution en raison des travaux de construction et de rénovation, et alors que les projets immobiliers haut de gamme voisins menacent ses loyers modérés et son rythme de vie tranquille, le quartier voit la sécurité devenir une préoccupation croissante à ses abords. En contraste frappant avec les idéaux utopiques d’Aranya, les caméras de vidéosurveillance, les hauts murs, les clôtures et les agents de sécurité fatigués témoignent de l’angoisse grandissante née du développement rapide autour de la zone.

Cette série témoigne de la dualité de la situation actuelle d’Aranya : un quartier à revenus mixtes avec une variété d’espaces et d’architectures, un cas unique d’urbanisme en Inde, et une zone soumise à des pressions extérieures.

With a 2-million population, the Central Indian city of Indore resembles many a middle-sized Indian city, where economic development quickly transforms the urban fabric.

Located North of Indore, Aranya is an atypical neighborhood caught in the middle of urbanization. Designed by the Indian architect Balkrishna Doshi in the 1980s, the project of Aranya was an experiment in social housing where low-income families built their houses on their own on allotted parcels, following Doshi’s intricate Master Plan. Almost thirty years on, I visited Indore in March 2018 to document the legacy of the Plan and its appropriation by the inhabitants. While scouting locations to shoot urban views of Aranya, I found myself drawn to odd scenes that seemingly told a different story than the one I had come for.

In a neighborhood with surprisingly good common spaces and quality of life, there remained a roughness in between the walls erected both around and within Aranya. As the many layers of reality progressively unraveled before my eyes, I found that Aranya, far from being preserved from the market-driven logic of urbanization, presented shades of the sense of vulnerability that is so common across Indian cities.

In a constant flux due to construction and upgrading works, with nearby high-end projects threatening its low rents and slow life, the neighborhood faces the rise of security as a concern at its edges. In stark contrast with the utopian ideals of Aranya, CCTV cameras, high walls, fences and tired security guards bear witness to the growing anguish born out of rapid development around the area.

This series bears testimony to the duality of Aranya’s condition today: a mixed-income neighbourhood with a variety of spaces and architecture, a unique case of urban planning in India, and an area under external pressure.